Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

août 10, 2006

Aujourd'hui le tango m'a sauvé la vie

Il y a des moments où le tango agit comme un véritable concentré métaphysique, où le drame de la vie se résume en quelques minutes de musique, de poésie et d'enlacement.

D'une manière ou d'une autre l'intensité de ces moments est celle qu'on découvre puis qu'on recherche quand on s'adonne au tango.

Je voulais commencer ce blog avec une petite histoire qui a été un des premiers moments où j'ai ressenti fortuitement cette intensité. 

C'était il y a quelques années lors d'un voyage à Cuba. A l'époque je n'avais pas encore commencé à danser mais j'écoutais beaucoup de tango.
Toujours est-il que Cuba est un très mauvais endroit pour le tango, les cubains sont fous de Salsa mais côté tango nada, tout au plus jouent-ils les thèmes connus sous forme de boléros... Donc après trois semaines de sevrage musical j'étais un peu en manque de ma musique préférée.

Ce jour là, je visitais les anciens palaces anglais de La Havane et, un peu fatigué des habituels mojos y cristianos (riz et haricots rouges) de la cuisine cubaine, j'avais décidé de me traiter princièrement au restaurant d'un des dits palaces.
Salle de restaurant somptueuse, carte et service à l'avenant, tout s'annonçait pour le mieux d'autant que j'étais quasiment le seul client.

Après mon premier mojito, une vieille dame noire est venue s'installer au piano pour jouer, elle a attaqué une série de boléros et de standards bien en phase avec la décontraction qui me gagnait.

Après mon deuxième mojito, je suis allé lui donner un pourboire, et je lui ai demandé si par hasard elle ne connaissait pas de tango.
Como No ! S'est-elle exclamée et la voilà partie pour une série de tangos, principalement les classiques de Gardel.

Franchement je me suis régalé, elle a du me jouer trois quart d'heure de tangos. Le mélange de l'alcool, de l'ambiance nostalgique du palace et de la musique ont contribué à ce que je passe excellent moment et, entre chaque mojito, je retournais donner un généreux pourboire à la musicienne. 

Au bout d'une heure et d'une dizaine de dollars elle s'est arrêtée de jouer et elle s'est dirigée vers moi.

Elle paraissait très bouleversée et, avec les larmes aux yeux, elle m'a demandé si je parlais espagnol, là j'ai eu peur d'avoir fait une bourde ou quelque chose comme ça vu mon relatif état d'ébriété.
Je lui ai répondu par l'affirmative et elle m'a dit alors qu'elle me remerciait du fond du coeur puisque qu'avec les pourboires que je venais de lui donner je venais de sauver son travail (sic).
Puis elle est repartie vers son piano me laissant complètement interloqué. Elle a récupéré les pourboires et a disparu. Je pense qu'elle est allée payer au directeur du restaurant le petit pot de vin nécessaire à son maintien à ce poste.

Comme c'était la saison basse, et vu la faible fréquentation il est probable que cela faisait plusieurs jours qu'elle n'avait eu aucun pourboire et qu'elle était donc sur le point d'être virée du piano bar. Pour un cubain âgé et certainement à la retraite être privé d'un revenu en dollar c'est dramatique.

L'intensité avec laquelle elle m'a remercié m'a vraiment donné l'impression que je lui avais sauvé la vie plutôt que son travail. Quoiqu'il en soit ce n'est pas moi, mais le tango qui lui a sauvé la vie...

En tout cas merci Gardel pour ces moments là.