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août 23, 2006

Ma vie de taxi boy

Ma ressemblance avec un argentin fait partie des drames de ma vie.

D’accord, c’est relatif comme drame, après tout à quoi ça peut bien ressembler un argentin ?

D’autant qu’avant de ressembler à un argentin j’avais déjà été un mexicain basané (souvenir de music-hall de la cuisinière de ma grand-mère), turc, russe, breton, cubain et dernièrement un bandit calabrais (coquine va !).

Autrement dit : « On n’a jamais bien su d’où que c’est qu’il était né vu qu’il était menteur comme tout ceux de sa race » comme dit le poète.

Toute l’astuce  est dans la contextualisation d’un détail lié combiné à l’envie d’y croire. Du genre la fille bronzé en maillot rouge qui courre sur la plage au ralenti elle est forcément sauveteuse à Malibu surtout que j’aimerai bien qu’elle le soit… L’œil finit par voir ce que l’esprit veut.
C’est exactement ce qui se passe avec moi bien que je n’ai pas de maillot rouge.

Dans mes premières milonga cela m’a permit de vivre des histoires d’amour en accéléré, de celle qui vous permet de passer dans le regard d’une femme du coup de foudre à la rupture violente en moins de 30 secondes :

Étape 1 : Chic un argentin qui m’invite, super !
Étape 2 : Zut, un argentin qui ne sait pas danser…
Étape 3 : Argh ! En plus il n’est même pas argentin...

Certes avec la pratique le schéma s’est un peu modifié :

Étape 1 : Chic un argentin qui m’invite, super !
Étape 2 : Bon ça va à peu près, mais le niveau baisse en Argentine
Étape 3 : Dommage, il n’est pas argentin…

Si la seconde étape 2 s’est un peu atténuée, il m’arrive encore de lire une profonde déception dans les yeux de mes partenaires dès que je révèle ma nationalité (c’est très souvent le cas avec les touristes à Buenos Aires).
Déception malheureusement suivi d’effet : un désintéressement immédiat, total et irrémédiable…

A tel point que, sans pour autant mentir, j’en arrive à retarder le plus possible la découverte de ma véritable nationalité. D’ailleurs, y a pas de raison, la prochaine fois, j’essaie de faire l’argentin jusqu’au bout : « Chho me chhiamo Ramon ! », on verra bien ce que ça donne…

En attendant cette future expérience, j’étais à Buenos Aires, au Salon Canning pour être précis. Je m’étais installé en début de soirée à une table le long du mur pas très loin du bar. Assez rapidement plusieurs argentins (en tout cas ils leur ressemblaient… ;-) sont venus s’installer près de moi dont un que la serveuse a carrément installé à ma table, et nous commençons la conversation en espagnol en commentant l’ambiance de ce début de milonga.

Au bout d’une demi-heure la serveuse vient nous voir pour nous proposer de l’argent (50 pesos chacun si mes souvenirs sont bons) pour aller faire danser une tablée de touristes en visite dans la milonga. Visiblement l’une d’entre elles voulait offrir des tandas de taxi boy à ses amies pour leur faire goûter les joies du tango…

Ai-je fais fortune dans ce nouveau métier ? Et bien non, puisque j’ai décliné l’invitation au profit de mon compagnon de table qui est donc allé doubler son pécule.

Même si c’était très tentant je n’ai pas voulu « piquer » des professionnels locaux. Le type était très content et moi ça quand même permis d’être pendant une minute un taxi boy de Buenos Aires.

Allez, les filles, un petit effort… 50 pesos c’est pas cher à Paris pour un vrai taxi boy argentin !

août 10, 2006

Aujourd'hui le tango m'a sauvé la vie

Il y a des moments où le tango agit comme un véritable concentré métaphysique, où le drame de la vie se résume en quelques minutes de musique, de poésie et d'enlacement.

D'une manière ou d'une autre l'intensité de ces moments est celle qu'on découvre puis qu'on recherche quand on s'adonne au tango.

Je voulais commencer ce blog avec une petite histoire qui a été un des premiers moments où j'ai ressenti fortuitement cette intensité. 

C'était il y a quelques années lors d'un voyage à Cuba. A l'époque je n'avais pas encore commencé à danser mais j'écoutais beaucoup de tango.
Toujours est-il que Cuba est un très mauvais endroit pour le tango, les cubains sont fous de Salsa mais côté tango nada, tout au plus jouent-ils les thèmes connus sous forme de boléros... Donc après trois semaines de sevrage musical j'étais un peu en manque de ma musique préférée.

Ce jour là, je visitais les anciens palaces anglais de La Havane et, un peu fatigué des habituels mojos y cristianos (riz et haricots rouges) de la cuisine cubaine, j'avais décidé de me traiter princièrement au restaurant d'un des dits palaces.
Salle de restaurant somptueuse, carte et service à l'avenant, tout s'annonçait pour le mieux d'autant que j'étais quasiment le seul client.

Après mon premier mojito, une vieille dame noire est venue s'installer au piano pour jouer, elle a attaqué une série de boléros et de standards bien en phase avec la décontraction qui me gagnait.

Après mon deuxième mojito, je suis allé lui donner un pourboire, et je lui ai demandé si par hasard elle ne connaissait pas de tango.
Como No ! S'est-elle exclamée et la voilà partie pour une série de tangos, principalement les classiques de Gardel.

Franchement je me suis régalé, elle a du me jouer trois quart d'heure de tangos. Le mélange de l'alcool, de l'ambiance nostalgique du palace et de la musique ont contribué à ce que je passe excellent moment et, entre chaque mojito, je retournais donner un généreux pourboire à la musicienne. 

Au bout d'une heure et d'une dizaine de dollars elle s'est arrêtée de jouer et elle s'est dirigée vers moi.

Elle paraissait très bouleversée et, avec les larmes aux yeux, elle m'a demandé si je parlais espagnol, là j'ai eu peur d'avoir fait une bourde ou quelque chose comme ça vu mon relatif état d'ébriété.
Je lui ai répondu par l'affirmative et elle m'a dit alors qu'elle me remerciait du fond du coeur puisque qu'avec les pourboires que je venais de lui donner je venais de sauver son travail (sic).
Puis elle est repartie vers son piano me laissant complètement interloqué. Elle a récupéré les pourboires et a disparu. Je pense qu'elle est allée payer au directeur du restaurant le petit pot de vin nécessaire à son maintien à ce poste.

Comme c'était la saison basse, et vu la faible fréquentation il est probable que cela faisait plusieurs jours qu'elle n'avait eu aucun pourboire et qu'elle était donc sur le point d'être virée du piano bar. Pour un cubain âgé et certainement à la retraite être privé d'un revenu en dollar c'est dramatique.

L'intensité avec laquelle elle m'a remercié m'a vraiment donné l'impression que je lui avais sauvé la vie plutôt que son travail. Quoiqu'il en soit ce n'est pas moi, mais le tango qui lui a sauvé la vie...

En tout cas merci Gardel pour ces moments là.