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nov. 23, 2008

Soupirs et chuchotements

whispering.jpg"Expression verticale d'un désir horizontal" dans la littérature et l'imaginaire collectif le tango est largement érotisé.

Dans les faits est-ce que c'est si érotique que ça ?

Eh bien... Oui.

Quand on danse on arrive parfois à ce véritable état d'intimité, quand la fontière avec l'autre se fond dans la musique, le mouvement et l'émotion.
Chaque danseur le décrit avec ses mots, mais quand vous demandez à quelqu'un son meilleur souvenir de tango ça ressemble à l'atteinte d'une fusion intime. Retrouver ce tango, le provoquer et le revivre devient alors l'enjeu de la danse. 

Pour moi la plus grande similitude avec l'intimité sexuelle c'est l'échange des souffles. On est là soudés, joue contre joue et on perçoit chaque respiration, chaque variation, tous ces petit soupirs et chuchotements qui nous font partager le ressenti de l'autre.

Ca implique tout le trivial de l'intimité; ça peut devenir gênant voire ridicule ou au contraire être émouvant comme une faiblesse partagée.

Un de mes souvenirs très fort c'était un soir au Canning où j'avais invité une grande argentine intimidante à force d'être jolie.

Et là surprise ! Un enlacement exceptionnel, un engagement sans retenue. On aurait dit que sa vie en dépendait et je pouvais sentir cet abandon dans son souffle contre mon oreille. Je pouvais sentir toutes les accélérations, les pauses et les surprises de la danse dans sa respiration.

Je me rappelle particulièrement d'un ocho cortado. Je l'avais fait venir d'un tour très généreux avec une grande respiration et une invitation de tout mon torse puis un arrêt bien clair, souple et profond. En retour ça m'a valu un "Eso..." somptueusement susurré qui valait tout les remerciements du monde.

Cette fois-ci c'est moi qui est eu du mal à retrouver ma table après la tanda...

mai 05, 2008

Voyage à Brobdingnag

1169602103.jpgCette année à Buenos Aires mes milongas ont été marquées par les grandes femmes...

En fait, je ne crois pas qu'il y ait eu de milonga sans que je danse avec une femme aussi grande ou plus grande que moi.

Sans être un géant, je mesure quand même 1m80 donc c'est une situation finalement plutôt rare.

Bizarrement danser avec une partenaire plus grande que soi c'est beaucoup plus difficile surtout dans une milonga bien remplie; avec l'amplitude du mouvement la moindre faute de guidage se traduit par un choc avec les autres danseurs. Mais comme dirait Austin Powers "J'aime vivre dangeureusement" ;-)

Cette année, j'ai eu parfois l'impression d'être Gulliver à Brobdingnag, d'autant plus que cette fois-ci j'ai partagé quelques agréables tandas avec d'immenses argentines.  

Alors c'est moi qui rapetisse ou ils mettent un truc dans la viande ?

avril 03, 2008

Baires snapshot 2008

Cela fait 4 ans que je retourne à Buenos Aires à peu près à la même période et pour la même durée. Comme cette durée ne dépasse pas trois semaines cela me donne une sorte de vision stromboscopique du tango portègne.

Par rapport à l'année dernière; j'ai eu la confirmation de la place toujours plus importante du tango nouveau, aussi bien commercialement que dans la danse. Avec l'impression de plus en plus claire qu'une génération de danseurs / profs / artistes s'inscrit dans le tango nuevo sans continuité avec les styles antérieurs.

Autre différence, j'ai vu pour la première fois des hommes danser entre eux au Canning, réciproquement les milongas gay se sont plus ouvertes aux populations hétéros. Un peu plus de tolérance, ça peut pas faire de mal. 

930429901.gifMais la différence la plus marquante reste l'évolution sensibles des codes des milongas

  • En 2007, sauf quelques exceptions, l'invitation au regard sinon le cabeceo était la règlepour tous argentins. Le seul endroit où j'avais constaté quelques écarts c'était la Viruta, certains danseurs allant demander directement à des femmes sans passer par l'étape regard. Sinon seuls les touristes procédaient autrement (sans succès d'ailleurs). 
  • En 2008, j'ai constaté de plus en plus d'exceptions parmi les danseurs argentins eux-mêmes. Cette année j'ai vu des argentins inviter directement au Canning et à Niño Bien. Ça reste marginal, mais jusqu'alors je ne l'avais pas vu dans ces milongas.

J'imagine qu'une des raisons de ce changement est la présence de plus en plus de touristes que ne réagissent pas au cabeceo, la loi du moindre effort finissant par prendre le dessus.

Relâchement ou assouplissement ? C'est une question de point de vue... Plus factuellement c'est une évolution.

Et sans évolution il n'y aurait pas de tango nouveau, non ? Donc en ce qui me concerne, tant qu'il y a du partage et du respect tout va bien...

Le seul problème c'est que les danseurs portègnes n'ont pas encore appris à gérer correctement le refus.

Exemple vécu par une amie : un danseur argentin lui demande directement si elle veut danser, comme elle ne voulait pas elle lui répond une excuse classique genre "je me repose merci". Le type est revenu un peu après vraiment vexé pour lui dire que ça n'allait pas du tout et qu'elle pouvait pas le refuser comme ça. C'est resté cordial mais le gars était persuadé que ça ne se faisait pas.

Résultat : le respect de l'autre dans l'invitation et son refus qui était culturellement géré par le cabeceo prend du plomb dans l'aile.... Et pas mal de danseuses m'ont rapporté qu'elles trouvaient les milongas de plus en plus agressives.

Effet secondaire intéressant de l'impulsion touristique sur le code d'invitation, je me suis fait inviter par des femmes une milonga sur trois. En fait dès que la proportion homme/femme est déséquilibrée au-delà d'un certain point les femmes se mettent à inviter. C'était principalement des touristes mais cela ne m'était jamais arrivé auparavant.

En fin de compte il y a une forme de parallèle entre ses deux comportements qui peut se résumer ainsi : "si je suis trop frustré(e) alors je ne respecte plus le code pour forcer l'invitation". On va voir comment ça évolue, ça va être intéressant...  Mais c'est sûr que si le respect ne vient plus contre-balancer l'asymétrie de la relation les milongas vont certainement devenir de plus en plus agressives.   

mars 18, 2008

Tango Geek

Un des rares trucs qui me frustrent dans le tango c'est que c'est pas hi-tech.

Pas de wifi, pas de bluetooth, pas de gadgets électroniques... Non, juste un homme, une femme et de la musique.

On a besoin de rien, ça peut sûrement se danser tout nu (faudra que j'essaie).

Bref si un jour l'humanité régresse à l'âge de pierre on pourra encore danser le tango.

Et la musique me diriez vous ? 
Certes le tango électro ça demande un minimum d'électricité mais dans la plupart des cas on préfère les enregistrements bien rapeux où on entend le gratouillis des aiguilles sur la cire, moins c'est technologique et meilleur c'est...

Ainsi, je me désespérais dans ma vie de milonguero low-tech jusqu'à...

... Ce que je tombe sur une pub pour les 2x4alpie !

Enfin une avancée technologique dans cet univers préhistorique !

Il s'agit de chaussures de tango dont il est possible de changer la semelle en fonction de la danseuse du sol et de son type de danse.

1748963093.JPG

La semelle de la chaussure comporte une semelle amovible grâce à un système de velcro spécial.  On a le choix entre cuir classique, cromo ou caoutchouc. Les chaussures sont livrées avec les trois types de semelles (on les voit entourées en rouge sur la photo). Les modèles sont plus design et plutôt réussi par rapport à la moyenne à mon goût.

Évidemment, en bon geek, j'ai pas pu résister, j'en ai pris une paire. Ça marche plutôt bien et les chaussures sont de bonne qualité.

C'est plutôt amusant de pouvoir adapter ses chaussures, ça fait un peu golf dans le genre "Milonga Florida, parquet en châtaigner, Di Sarli, grande danseuse, vent latéral gauche... Je conseille un 43 en cromo  mais avec un vent de face et un Tanghetto mieux vaut un 43 gomme". 
Le problème c'est si le vent ou l'orchestre change durant la tanda... 

C'est quand même rafraîchissant un peu de technologie ;-)

Amis designer et ingénieurs voici quelques nouvelles idées pour réconcilier le tango et le hi-tec :

  • Système de signalisation à base de puce RFID pour remplacer le cabeceo ,
  • Siège éjectable pour mauvais DJ,
  • Le top : chaussure à impulsion électrique automatique pour les "123" de la milonga traspie,
  • Air bag antichoc sur les talons aiguilles,
  • Robe à poignée intégrée pour faciliter le guidage ....

Rien que des trucs essentiels !

mars 13, 2008

C’est la cata, la cata, la Catedral !

Ce que j’aime bien quand je reviens à Buenos Aires c’est que ça me permet de revoir des amis.

Je suis donc passé voir Mlle M. et Sr D. tous deux milongueros confirmés (1/2 finalistes championnat du monde de Tango Salon, sélection Argentine quand même).

L’occasion d’échanger sur le tango, les milongas, l’Argentine vu du point de vue portègne (cf milonga escondida)…

A force de parler de tango ça donne envie d’en danser, donc après le repas nous nous rendons à la milonga la plus proche à savoir La Catedral , où mes amis n’avaient pas remis les pieds depuis très longtemps.

Par rapport à l’année dernière ça a bien changé

On arrive en pleine classe de tango pré-milonga débutant, pas mal de gens en train de manger, et peu de danseurs mais rien vraiment inquiétant en début de soirée.

Le cours se termine et la « milonga » commence :

La musique n'est franchement pas terrible, la hi-fi qui crashe toutes les minutes, le son est hyper faible…
Sr D. va voir le DJ pour qu’il augmente le volume, il s’avère que ce n’est pas un DJ mais juste le prof de la classe qui met des disques (sic).
Le volume remonte un peu et mes amis se lancent au milieu des quelques débutants du cours en train de pratiquer.

Et là... La tanda s’arrête net

Rentrent sur la piste trois danseuses qui entament une sorte de spectacle, genre danseuses de mambo avant guerre, bizarre...

Le numéro se termine, et la « milonga » reprend : 

Le moins qu’on puisse dire c’est que la salle ne se remplit pas.  Mlle M.et Sr D. se lancent à nouveau sur la piste, donnant l’occasion aux touristes présents de découvrir ce que c’est vraiment que le tango argentin.
Ensuite, con permiso, j’invite Mlle M. pour une tanda.

Et là… une fois de plus la tanda s’arrête net.

Rentrent sur la piste les trois précédentes danseuses, cette fois-ci dans des déguisements sado-maso(genre la crampe de Pulp Fiction), elles entament un numéro de danse (moderne) en jouant avec les tables.
Honnêtement j’ai pas tout compris et malgré le retour des décibels, je me suis endormi quelques secondes.

Après ça, je dois avouer qu’on s’est enfuis lâchement tel Butch sur la Harley Davidson de Zed, abandonnant là les touristes aux égéries sado-maso.

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En conclusion, amis milongueros La Catedral mérite un large détour

Seule consolation de la soirée, cette belle tanda avec Mlle M. ... Gracias Mademoiselle !

PS : il semblerait que de temps en temps une véritable milonga soit organisée à la Catedral, à surveiller sur les flyers dans les autres milongas.