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nov. 28, 2006

Référentiel galiléen

L'autre jour en sortant d'une boutique j'ai eu une sorte d'illusion de changement de référentiel que j'avais déjà eu en milonga sans parvenir à le décrire.

Tu me fais tourner la tête...Il y avait pas mal de la circulation et le vent emportait les feuilles mortes dans le même sens que les voitures. Cela donnait une impression de mouvement relatif inversé et pendant quelques secondes j'ai eu l'illusion, vu de l'encadrement de la porte, que c'était moi qui était en mouvement le long de l'avenue.

En fait j'ai déjà eu ce genre d'impression en regardant le bal. Au bout d'un moment si on se concentre sur le passage des danseurs on finit par avoir l'impression d'être en mouvement autour du bal et non l'inverse.

 P.S. : Non, j'ai rien pris et non, il n'en reste pas ;-)

nov. 20, 2006

Les danseurs de tango meurent aussi

En juin 2005 Carlos Gavito est mort.

Ne vous attendez pas à trouver ici un article nécrologique ou une longue biographie car en fait je ne l’ai jamais rencontré comme danseur, professeur ou artiste.

Cependant son nom ne m’était pas inconnu, de fait « El Gavito » était une véritable figure du tango, il était très célèbre.
Pour ce que j’en ai lu, il était un des piliers et gardiens du style milonguero, un danseur de la vieille garde, tellement connu que ses cours particuliers étaient presque aussi courus que ceux Pablo Veron.

Toujours est-il que ce vieux monsieur est mort au moment du festival d’été de Mephisto Tango à Paris.

Ce fût l’occasion d’un hommage que j’ai trouvé particulièrement poétique et émouvant.

Le DJ a interrompu le bal pour annoncer son décès puis a demandé aux danseurs de quitter la piste et d’écouter en silence un morceau à la mémoire de Gavito.

Il y avait cette grande piste vide avec seulement la musique et le public autour, exactement comme lors d’une exhibition de maestro… 

Franchement c’était comme s’il avait été présent sur la piste pour un dernier tango. Sans le connaître je pouvais me l’imaginer dans cette dernière tanda, glissant sur la musique dans la solitude de cette piste désertée.

Cette sensation, d’autres s’en souviennent sûrement, j’avais trouvé ça très émouvant, un peu comme si l’âme des danseurs disparus restait avec nous sur la piste.

Je ne serais certainement jamais un grand danseur, mais quand viendra le jour je crois que j’aimerais bien avoir la piste pour moi une dernière fois…

nov. 16, 2006

Elle te plaît celle-là ?

En fin de soirée je suis invité pour une dernière tanda par une charmante danseuse avec qui j’avais précédemment dansé.

La milonga touche à sa fin, il y a pas mal de place sur la piste et je me laisse aller à un peu plus de musicalité et d’émotion que d’habitude. 

Visiblement ma partenaire se rend compte de la différence, puisqu’elle me dit :

Après le premier tango « Dis donc tu l’aime bien ce tango »

Après le second « Et celui-là aussi il te plaît »

Après le troisième « hé bien, tu l’aime bien aussi celui-là »

Moi je dis qu’après trois tangos comme ça, plus de doute, ce n’est pas le morceau qui te plait mais la danseuse

oct. 15, 2006

It takes three to tango

Décidément ça a été une semaine riche en événements...

Hier soir, à la milonga il m'est arrivé quelque chose d'hautement improbable.

medium_pregnantsignal.jpgJe venais d'arriver quand j'ai été invité à danser par une charmante jeune femme qui devait être enceinte d'au moins 6 mois...

J'avoue qu'elle a bien fait de prendre l'initiative parce que cela ne me serait jamais venu à l'idée de l'inviter dans son état.

Ben franchement, ça a été une expérience extraordinaire et émouvante.

Je crois que c'est la première fois que je tiens dans mes bras une femme enceinte comme ça. Je ne pensais pas que ça puisse me faire cet effet là. Il doit y avoir un câblage pré-néanderthalien chez l'homme. C'est comme si on appuyait sur un bouton, genre "prendre un enfant par la main" et bien il y a aussi "tenir dans ses bras une femme enceinte".

En tango, on dit toujours qu'il faut enlacer la femme comme si c'était un bébé ou quelque chose de très fragile. Là ça vient super naturellement.

Par ailleurs mis à part le coté extra-ordinaire de la situation, c'était aussi un très bon moment de danse et de communication.

Je n'arrive pas vraiment à expliquer avec des mots ce qui ma touché, mais j'ai mis une bonne demi-heure à redescendre.

Franchement le tango à trois je vous le conseille ;-) 

Merci Mrs J. pour ce joli moment. 


I put a translation of the post in English in order to share it her and her friends, since she is Australian living in Norway.

medium_pregnatdance.jpgFor sure it was an interesting week...

Last night at the milonga, something quite improbable happened to me.

Just after I arrived I was invited by a nice lady who was at least 6 months pregnant...

She was clever to invite because I would never had invited her since she was pregnant. 

Well, it was an amazing and moving experience.

Besides the good dance and communication we shared, I think it was the first time I embrace a pregnant woman like that. I'd never though that it could have such an effect on me. There should some pre-neanderthalian mechanism behind that, it's like pushing a button somewhere, a bit like giving the hand to a young child.

In tango it is said that you should embrace the woman as if she is a baby or something very vunerable, well in that case it was a very natural attitude. 

I am not really able to describe with words how it moved me, however it took me half an hour to get down and been able again to dance with someone else.

Anyway,I recommend you the "three to tango" experience... 

Thank you Mrs J. for that lovely moment and good luck with this milonguero baby :-)

oct. 11, 2006

Comme si c’était la dernière fois...

Au printemps dernier, j’étais à Buenos Aires pendant le festival de tango de la ville.
C’était excellent, avec un public beaucoup plus authentique que pendant les festivals commerciaux qui regorgent surtout de touristes.

Le festival se clôture avec un bal en plein air qui a lieu en plein Buenos Aires dans l’avenue Diagonale qui part de l’Obélisque vers la Place de Mai.

Évidemment les orchestres et chanteurs invités sont de premier ordre. Pour la milonga c’est un joyeux bordel, des pistes s’improvisent au milieu de la foule et les gens dansent un peu partout.

Pour le coup c’est le mélange le plus total, des âges, des styles, des milieux sociaux… En clair ça brasse, avec cette sorte d’étincelle entre le tango et la foule portègne qui ne peut pas s’empêcher de danser.

Au milieu de cette foule j’ai vu arrivé un couple de petit vieux entourés de leur famille.
Franchement ils devaient avoir tous les deux au moins 80 ans. Ils paraissaient très vieux et très fragiles et chacun d’eux marchait avec une canne.

Et tout d’un coup, comme par magie, ils sont mis à danser.

Le monsieur a pris leur deux cannes dans sa main gauche qui enserrait aussi la main de sa femme et, bien appuyés l’un sur l’autre en pur style milonguero, ils ont dansé comme s’ils avaient retrouvé leur vingt ans. 

medium_petitefille.jpgC’était un bien petit couple perdu dans toute cette foule…

Ca m’a fait l’effet d’un de ces petits détails émouvants glissés par un peintre dans un immense tableau, un peu comme la petite fille lumineuse dans La Ronde de Nuit.

Il m’est aussi venu à l’esprit que vu leur âge et leur état de santé, il y avait beaucoup de chance pour qu’on ne les voit pas danser au prochain festival, comme ça dans la rue.

En fait, c’était même fort possible que se soit la dernière fois qu’ils dansaient ainsi tous les deux.

Et ça m’a fait réfléchir sur le fait que je ne vivais pas assez intensément les choses, ou du moins pas toujours avec l’intensité qu’elles mériteraient. 

Après tout, nous non plus on ne sait pas si ce n’est pas la dernière fois...

Après ça je me suis mis à étudier de plus près cette intensité de l’instant vécu au moins dans le tango.

Depuis, ce que je fais quand je trouve que je danse trop médiocrement ou que j’ai vraiment envie de transmettre mon émotion à ma partenaire, je me mets dans une posture mentale où je danse comme si c’était la dernière fois en essayant de vivre le plus pleinement possible chaque mesure, chaque pas et chaque contact de l’enlacement.

Et je laisse derrière moi toute les frustrations, les peurs, les mesquineries… un peu comme le nageur qui nage vers la bouée en oubliant qu’il doit garder des forces pour revenir.

De l’extérieur, c’est pas du tout spectaculaire ou même perceptible, mais de l’intérieur je ressens qu’il se passe quelque chose de beaucoup plus fort avec mes partenaires.

Comme si c’était la dernière fois… Ca vaut le coup d’essayer de temps en temps, non ?