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oct. 25, 2006

Premiers pas

Je me souviens de mon tout premier cours de tango…

medium_tangolesson.jpgC’était dans le siècle précédent, à l’époque j’étais en mission à Bruxelles et j’avais décidé de faire une surprise à une amie qui venait me rendre visite.

 

En effet, elle était fascinée tout comme moi par le tango et j’avais réservé dans un cours qui se donnait à la maison de l’Amérique du Sud.

Comme elle croyait qu’on allait juste dîner c’était plutôt réussi comme surprise, et là ça a commencé…

C’était vraiment un cours débutant et si mes souvenirs sont bons nous n’avons fait qu’une quadrada (un carré) qui doit être la figure la plus simple envisageable :
L’homme marche un pas en arrière, un sur le côté gauche, deux pas en avant et on ferme la carré avec un pas sur le coté droit. A la fin de la figure, je vous laisse compter, le couple a avancé d’un pas en avant dans le sens du bal.

 

Et ben, en fait un truc aussi simple peut devenir pour quelqu’un de pas très doué en coordination psychomotrice un véritable enfer ou un vrai sketch (ça dépend si on le fait ou si on regarde) :

1) L’enlacement : Coup de bol pour un premier cours, je connaissais très bien ma partenaire donc je n’étais pas particulièrement gêné par la proximité physique. Ca au moins c’était agréable… Sauf qu’évidemment comme l’enlacement n’était pas terrible on s’est rentré dans les genoux tout le cours, et je lui ai beaucoup marché sur les pieds.

2) Le rythme : Il faut immédiatement oublier, impossible de marcher en rythme, un vrai carnage… Pourtant ce n’était pas du Piazzola et il faut savoir que le rythme de base du tango c’est la marche, gauche droite, gauche droite, un pas à chaque temps et pas de  un-deux-trois ni de contretemps compliqués comme pour la salsa.

3) La musicalité : La quoi ??

4) Le guidage : Au début je bougeais mais pas ma partenaire… dommage… Après comme elle avait compris le pas avant moi c’est elle qui bougeait et plus moi… A la fin je crois que je suis arrivé à la coincer complètement, donc je bougeais et elle se déplaçait contrainte et forcée avec moi.

5) L’espace : C’est bien le carré, on avance… Mais comment on fait quand on arrive au bout de la pièce. Il faut imaginer que je faisais exactement la figure. Donc un déplacement en ligne et que c’est seulement après une heure et demi que j’ai réussi à comprendre qu’il fallait déplacer la ligne du mouvement pour arriver à tourner (en quelque sorte) au bout de la pièce.

6) Les autres : Je crois me souvenir qu’on était seulement deux couples, tous au plus trois. Je suis arrivé à rentrer dans tout le monde plusieurs fois y compris dans le prof, dans une ou deux chaises et un piano qui trainait par là.... Genre le débutant en ski…

7) Le regard des autres : M’en fout ! On était en Belgique loin de mes bases et j’avais filé un pseudo. Enfin j’aurais mieux fait vu que l’amour propre du mec qui assure en a pris un léger coup ;-)

J’ai quand même mis deux ans avant de tenter le coup à nouveau…

La morale de l’histoire :

En premier, c’est qu’il faut être tolérant avec les débutants :

Mesdames ça fait quand même beaucoup de choses à gérer pour un cerveau et un corps masculin…

Messieurs, on a tous commencé un jour…

 

Deuxièmement, il ne faut pas se décourager… autant ne pas se le cacher, à moins d’avoir fait 10 ans de danse classique, votre premier cours va mal se passer !

Mais ça va quand même être difficile de faire pire que moi…

oct. 17, 2006

Brève de taxi

Par la fenêtre d'un taxiConversation dans un taxi avec une partenaire à la sortie d'un cours :

"Moi, j'aime bien ce prof et sa façon d'expliquer les transferts de poids"
...
"Oui, ce qui est bien dans ce cours c'est qu'il permet d'explorer plusieurs logiques de mouvement"
"Il ouvre des pistes sur des principes de dynamique et laisse la liberté d'expérimenter"
...
"C'était bien cette description de la dynamique arrière avec la sensation du tube"
...
"A l'arrivée, c'est le positionnement qui fait la différence, dans le deuxième mouvement, si on ne repasse pas par le centre ça ne peux pas marcher"
"Oui, mais d'autres fois il faut être avant ou après le point d'appui"
....

Résultat : dix minutes après le conducteur du taxi demande "Vous prenez des cours de sciences physiques ? C'est ça ?"

Faut dire qu'en rembobinant la conversation y a de quoi douter.

oct. 15, 2006

It takes three to tango

Décidément ça a été une semaine riche en événements...

Hier soir, à la milonga il m'est arrivé quelque chose d'hautement improbable.

medium_pregnantsignal.jpgJe venais d'arriver quand j'ai été invité à danser par une charmante jeune femme qui devait être enceinte d'au moins 6 mois...

J'avoue qu'elle a bien fait de prendre l'initiative parce que cela ne me serait jamais venu à l'idée de l'inviter dans son état.

Ben franchement, ça a été une expérience extraordinaire et émouvante.

Je crois que c'est la première fois que je tiens dans mes bras une femme enceinte comme ça. Je ne pensais pas que ça puisse me faire cet effet là. Il doit y avoir un câblage pré-néanderthalien chez l'homme. C'est comme si on appuyait sur un bouton, genre "prendre un enfant par la main" et bien il y a aussi "tenir dans ses bras une femme enceinte".

En tango, on dit toujours qu'il faut enlacer la femme comme si c'était un bébé ou quelque chose de très fragile. Là ça vient super naturellement.

Par ailleurs mis à part le coté extra-ordinaire de la situation, c'était aussi un très bon moment de danse et de communication.

Je n'arrive pas vraiment à expliquer avec des mots ce qui ma touché, mais j'ai mis une bonne demi-heure à redescendre.

Franchement le tango à trois je vous le conseille ;-) 

Merci Mrs J. pour ce joli moment. 


I put a translation of the post in English in order to share it her and her friends, since she is Australian living in Norway.

medium_pregnatdance.jpgFor sure it was an interesting week...

Last night at the milonga, something quite improbable happened to me.

Just after I arrived I was invited by a nice lady who was at least 6 months pregnant...

She was clever to invite because I would never had invited her since she was pregnant. 

Well, it was an amazing and moving experience.

Besides the good dance and communication we shared, I think it was the first time I embrace a pregnant woman like that. I'd never though that it could have such an effect on me. There should some pre-neanderthalian mechanism behind that, it's like pushing a button somewhere, a bit like giving the hand to a young child.

In tango it is said that you should embrace the woman as if she is a baby or something very vunerable, well in that case it was a very natural attitude. 

I am not really able to describe with words how it moved me, however it took me half an hour to get down and been able again to dance with someone else.

Anyway,I recommend you the "three to tango" experience... 

Thank you Mrs J. for that lovely moment and good luck with this milonguero baby :-)

oct. 14, 2006

Le tango corse

Mythique... comme quoi le tango c'est pas si grave après tout ;-)

Pour ceux qui connaissent, en arrière plan la citadelle de Corte. Avec le borsalino, Fernandel ressemble un peu à mon grand père (et pas l'inverse!) au même endroit.

oct. 11, 2006

Comme si c’était la dernière fois...

Au printemps dernier, j’étais à Buenos Aires pendant le festival de tango de la ville.
C’était excellent, avec un public beaucoup plus authentique que pendant les festivals commerciaux qui regorgent surtout de touristes.

Le festival se clôture avec un bal en plein air qui a lieu en plein Buenos Aires dans l’avenue Diagonale qui part de l’Obélisque vers la Place de Mai.

Évidemment les orchestres et chanteurs invités sont de premier ordre. Pour la milonga c’est un joyeux bordel, des pistes s’improvisent au milieu de la foule et les gens dansent un peu partout.

Pour le coup c’est le mélange le plus total, des âges, des styles, des milieux sociaux… En clair ça brasse, avec cette sorte d’étincelle entre le tango et la foule portègne qui ne peut pas s’empêcher de danser.

Au milieu de cette foule j’ai vu arrivé un couple de petit vieux entourés de leur famille.
Franchement ils devaient avoir tous les deux au moins 80 ans. Ils paraissaient très vieux et très fragiles et chacun d’eux marchait avec une canne.

Et tout d’un coup, comme par magie, ils sont mis à danser.

Le monsieur a pris leur deux cannes dans sa main gauche qui enserrait aussi la main de sa femme et, bien appuyés l’un sur l’autre en pur style milonguero, ils ont dansé comme s’ils avaient retrouvé leur vingt ans. 

medium_petitefille.jpgC’était un bien petit couple perdu dans toute cette foule…

Ca m’a fait l’effet d’un de ces petits détails émouvants glissés par un peintre dans un immense tableau, un peu comme la petite fille lumineuse dans La Ronde de Nuit.

Il m’est aussi venu à l’esprit que vu leur âge et leur état de santé, il y avait beaucoup de chance pour qu’on ne les voit pas danser au prochain festival, comme ça dans la rue.

En fait, c’était même fort possible que se soit la dernière fois qu’ils dansaient ainsi tous les deux.

Et ça m’a fait réfléchir sur le fait que je ne vivais pas assez intensément les choses, ou du moins pas toujours avec l’intensité qu’elles mériteraient. 

Après tout, nous non plus on ne sait pas si ce n’est pas la dernière fois...

Après ça je me suis mis à étudier de plus près cette intensité de l’instant vécu au moins dans le tango.

Depuis, ce que je fais quand je trouve que je danse trop médiocrement ou que j’ai vraiment envie de transmettre mon émotion à ma partenaire, je me mets dans une posture mentale où je danse comme si c’était la dernière fois en essayant de vivre le plus pleinement possible chaque mesure, chaque pas et chaque contact de l’enlacement.

Et je laisse derrière moi toute les frustrations, les peurs, les mesquineries… un peu comme le nageur qui nage vers la bouée en oubliant qu’il doit garder des forces pour revenir.

De l’extérieur, c’est pas du tout spectaculaire ou même perceptible, mais de l’intérieur je ressens qu’il se passe quelque chose de beaucoup plus fort avec mes partenaires.

Comme si c’était la dernière fois… Ca vaut le coup d’essayer de temps en temps, non ?