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oct. 11, 2006

Comme si c’était la dernière fois...

Au printemps dernier, j’étais à Buenos Aires pendant le festival de tango de la ville.
C’était excellent, avec un public beaucoup plus authentique que pendant les festivals commerciaux qui regorgent surtout de touristes.

Le festival se clôture avec un bal en plein air qui a lieu en plein Buenos Aires dans l’avenue Diagonale qui part de l’Obélisque vers la Place de Mai.

Évidemment les orchestres et chanteurs invités sont de premier ordre. Pour la milonga c’est un joyeux bordel, des pistes s’improvisent au milieu de la foule et les gens dansent un peu partout.

Pour le coup c’est le mélange le plus total, des âges, des styles, des milieux sociaux… En clair ça brasse, avec cette sorte d’étincelle entre le tango et la foule portègne qui ne peut pas s’empêcher de danser.

Au milieu de cette foule j’ai vu arrivé un couple de petit vieux entourés de leur famille.
Franchement ils devaient avoir tous les deux au moins 80 ans. Ils paraissaient très vieux et très fragiles et chacun d’eux marchait avec une canne.

Et tout d’un coup, comme par magie, ils sont mis à danser.

Le monsieur a pris leur deux cannes dans sa main gauche qui enserrait aussi la main de sa femme et, bien appuyés l’un sur l’autre en pur style milonguero, ils ont dansé comme s’ils avaient retrouvé leur vingt ans. 

medium_petitefille.jpgC’était un bien petit couple perdu dans toute cette foule…

Ca m’a fait l’effet d’un de ces petits détails émouvants glissés par un peintre dans un immense tableau, un peu comme la petite fille lumineuse dans La Ronde de Nuit.

Il m’est aussi venu à l’esprit que vu leur âge et leur état de santé, il y avait beaucoup de chance pour qu’on ne les voit pas danser au prochain festival, comme ça dans la rue.

En fait, c’était même fort possible que se soit la dernière fois qu’ils dansaient ainsi tous les deux.

Et ça m’a fait réfléchir sur le fait que je ne vivais pas assez intensément les choses, ou du moins pas toujours avec l’intensité qu’elles mériteraient. 

Après tout, nous non plus on ne sait pas si ce n’est pas la dernière fois...

Après ça je me suis mis à étudier de plus près cette intensité de l’instant vécu au moins dans le tango.

Depuis, ce que je fais quand je trouve que je danse trop médiocrement ou que j’ai vraiment envie de transmettre mon émotion à ma partenaire, je me mets dans une posture mentale où je danse comme si c’était la dernière fois en essayant de vivre le plus pleinement possible chaque mesure, chaque pas et chaque contact de l’enlacement.

Et je laisse derrière moi toute les frustrations, les peurs, les mesquineries… un peu comme le nageur qui nage vers la bouée en oubliant qu’il doit garder des forces pour revenir.

De l’extérieur, c’est pas du tout spectaculaire ou même perceptible, mais de l’intérieur je ressens qu’il se passe quelque chose de beaucoup plus fort avec mes partenaires.

Comme si c’était la dernière fois… Ca vaut le coup d’essayer de temps en temps, non ?

Commentaires

Bravo belle note! cela dit, se mettre dans cette "posture mentale" va sans doute signifier pour beaucoup que le temps étant compté, il faut danser toujours plus, toujours mieux, alors que je serais plutôt de l'avis opposé: danser moins mais danser mieux.

On voit souvent dans les milonags des "milongueros" qui alternent à tout va, et je ne comprends pas très bien cette frénésie. D'ailleurs, cette "frénésie" est provoqué par des DJ pas très consciencieux qui alternent les tandas sans trop de discernement en négligeant le principal: les cortinas!

A plouf.

Écrit par : negro | oct. 11, 2006

Il me semble que le tango est un duel amoureux, les pas m'apparraissent comme de la provocation, un jeu sensuel enchainant une mise a mort...Et toi? es-tu déjà mort ou simplement n'es-tu pas "l'amant" de ta partenaire?
Tres belle note...

Écrit par : Misschatterbox | oct. 11, 2006

Mouais! j'ai l'impression que cette interpretation reste sur un cliché du tango. Mais il est vrai que dans le contenu technique transparait l'idée d'un certaine opposition (l'homme qui avance, la femme qui recule ...)...

Cela pourrait "évoquer également" tantôt une rencontre (les taconeos, punteos et autres divers "adornos" durant les pauses ... ), une parade nuptiale (les tours, les sentadas, les "berceaux" ... ) , voire même un coït simulé (les "pasos enlazados", les "sanguchitos", "sacadas" ... ) mais il est vrai que les "cortes" évoquent d'une certaine manière la mise à mort, ou du moins l'abandon de la lutte de la part d'un des partenaires ... c'est sûr que cette sorte de rencontre s'accompagne dans une certaine mesure d'une manière de confrontation qui n'est pas toujours purement technique.

Je préfère rester sur la dimension fraternelle et sentimentale qui me parait la plus saine et la plus féconde mine de rien. Sur Youtube, une vidéo assez surprenante de Ozvaldo Zotto et Lorena Ermocida avec un superbe "corte" en final vient étayer votre séduisante interpretation Miss Chatterbox!

Au final, ce qui reste paradoxal c'est qu'en Europe beaucoup renie cette dimension amoureuse ou sentimentale de la danse et vont jusqu'à la cérébraliser en y incorporant des concepts issus de la danse contemporaine, au besoin.

Écrit par : Negro | oct. 12, 2006

je ne peux que rejoindre les bravos. Sur le theme du carpe diem, pourtant honteusement déformé, c'est assez sublime.

Écrit par : schuey | oct. 12, 2006

Merci à tous pour les compliments, ça me fait plaisr de partager ces souvenirs/sensation.

@Negro : Oui, ça peut évoquer l'urgence mais c'est pas le cas pour moi.
Dans un interview Chicho parlait d'un recherche hypnotique du tango comme un sorte de transe atteinte en dansant toute la nuit, c'est sûrement un axe pour atteindre un niveau d'intensité.
En ce qui me concerne j'arrive pas à tenir le mode "dernière fois" très longtemps et d'ailleurs ça rimerait à rien.

@Misschatterbox : Pendant ces trois minutes là je suis certainement un peu l'amant que je ne suis pas et réciproquement... L'antagonisme et/ou la trendresse fusionnelle elle dépend du dialogue qui se crée comme dans la vrai vie.
Et si tu continues avec des commentaires pareils c'est moi qui vais presque te demander en mariage ;-)

@schuey : Compliments éhontés d'un littéraire dévoyé doublé d'un épicurien expert... C'est presque une médaille ça... Cool.

Écrit par : patadura | oct. 12, 2006

Puis-je me permettre de suggérer un autre mode: le mode "première fois". Il est plus reposant: on prend "les mêmes" et on recommence ...

Écrit par : Negro | oct. 13, 2006

@Negro : je vais de ce pas voir Ozvaldo Zotto et Lorena Ermocida...Mais je te vous l'accorde cette interpretation etait un peu réducteur de ma part...Cependant n'oublions pas que le Tango fut censuré pendant plusieures années, certainement pour cette sexualité latente ainsi que sa "mise à mort"...Quoi qu'il en soit "l'amertume latine" celebre la mort plus que la vie par conséquent elle est en devient(pour moi) : "une contradiction". Bref. Encore Merci!.

@Patadura : ma demande était juste un clin d'oeil au comm que tu avais laissé chez moi sur les relations virtuelles...Et effectivement, je suis devenue le temps de quelques secondes : "une groupie virtuelle". C'était une maniere d'approuver la notion de fiction...Bref. de plus je vis à Montréal (sourire à vous) et a bientot.

Écrit par : misschatterbox | oct. 14, 2006

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